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Décision et accroissement des incertitudes

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mardi 25 décembre 2018, par Jean-Claude Cohen


Depuis le début du siècle, et probablement déjà depuis les dix dernières années du XXè siècle, on constate un fort accroissement des incertitudes, et ce dans tous les domaines. En pratique, cela se traduit par la multiplication d’événements inattendus ou imprévisibles, et dont certains d’entre eux ont un pouvoir d’autant plus déstabilisant sur leur environnement que ce dernier n’était pas prêt à les affronter. En voici une petite liste complètement hétéroclite :
- le choix par les citoyens du Royaume Uni de se retirer de l’Union Européenne (le "Brexit")
- le développement du terrorisme sous la forme de "loups solitaires" se réclamant de l’Etat Islamique, et lui survivant alors même que celui-ci perd chaque jour une parcelle des territoires qu’il contrôlait
- l’émergence de mouvements de protestation citoyenne sortant du cadre des partis et des syndicats, tels que le mouvement des "gilets jaunes"
- les décisions radicales prises par le Président des Etats-Unis, souvent contre l’avis de ses proches conseillers, que ce soit pour le retrait de l’accord de Paris sur le climat, ou pour la décision récente du retrait de troupes US de Syrie.
- l’émergence d’un mouvement de rejet et de dénonciation des violences faites aux femmes et du harcèlement sexuel, passant, ici aussi par les réseaux sociaux, tels qu #MeToo et #BalanceTonPorc
- le succès d’une pétition en ligne pour soutenir un recours en justice contre l’État français pour inaction climatique, lancée par quatre ONG, qui vise deux million de signatures
- d’une façon plus générale, la place croissante que prennent ces réseaux sociaux dans la construction de l’opinion publique, y compris en servant de vecteurs de diffusion de "fake news", au point qu’ils en deviennent des outils utilisés par certaines puissances (la Russie) pour manipuler l’opinion d’un autre pays (Les USA) par exemple pour modifier les résultats d’une élection.
- etc. etc...

On pourrait rajouter des tas d’autres évenements inattendus, que "l’on" (les pouvoirs publics, les médias, les entreprises, etc..) n’avait pas anticipés, et qui prennent aujourd’hui une place déterminante dans notre environnement : par exemple les innovations technologiques -et notamment l’intelligence artificielle - et ses applications dans la santé, les transports -véhicules autonomes-, et plus généralement dans tous les aspects de notre vie quotidienne.

Du fait de ces incertitudes, il devient de plus en plus difficile de dégager des tendances lourdes à moyen ou long terme, et ce dans tous les domaines -sociétal, technologique, institutionnel, etc..,

Jusqu’ici, il paraissait possible, dans des réflexions à visée prospective, de mettre en évidence un ou plusieurs scénarios dits tendanciels, c’est à dire qui avaient des probabilités (subjectives) de se produire plus élevées que les autres.

Aujourd’hui, bien malin - ou bien imprudent - qui s’y risquerait : plus que jamais, les décisions à long terme sont prises en environnement incertain, et supposent l’acceptation d’une prise de risque élevée - autrement dit l’acceptation d’un droit à l’erreur.

Or, en des temps où décider devient de plus en plus une activité à risque (et notamment à risque d’erreur), on constate que les populations sont de moins en moins disposées à accepter les erreurs de leurs dirigeants.

Il va devenir de plus en plus difficile de trouver des volontaires pour faire ce métier.....