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Réforme de l’Etat : une saga de 50 ans (au moins !)

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vendredi 29 décembre 2017, par Jean-Claude Cohen


Courant Janvier 2018 seront publiés les résultats des appels d’offres lancés par le SGMAP pour accompagner les projets de "transformation de l’action publique", terminologie retenue pour désigner une nouvelle tentative, depuis la Rationalisation des Choix Budgétaires (RCB - 1968, soit il y a 50 ans), en passant par le Renouveau du Service Public, les lois de décentralisation, la LOLF, la RGPP, la MAP, etc... Chaque processus de réforme se veut différent des précédents, et, bien sûr, plus concret, plus efficace, voire plus radical.

Des démarches souvent centralisées et s’appuyant sur des (gros) cabinets de conseil Quelques traits communs à (presque) tous ces processus du passé : ils ont été téléguidés par l’Administration Centrale, et se sont beaucoup appuyés sur l’intervention de cabinets de conseil (et le plus souvent, les plus gros). Ainsi, en 2018, selon Le Echos, "Bien que cela ne soit pas obligatoire, tous les candidats se sont présentés en consortium, à l’écoute du message de l’acheteur public qui souhaite référencer le plus grand nombre de compétences. Selon nos informations, on compte parmi eux McKinsey et Accenture, un duo historique sur ces marchés, Roland Berger et Wavestone, BCG (absent de la consultation il y a 4 ans) et EY, Oliver Wyman (pour la première fois) et Cap Gemini, ou encore PwC avec Mazars et SIA Partners, une liste non exhaustive. Une chose est sûre : parmi les grands cabinets de conseil en stratégie, Bain ne participe à ces appels d’offres.".

Les études de cas : des exemples-types de projets envisagés Ce qui est plus instructif, ce sont les "études de cas" types qui ont été soumises aux candidats aux 3 différents lots (« Stratégie et politiques publiques » ; « Conception et mise en oeuvre des transformations » ; « Performance et réingénierie des processus », chacun des lots étant confié à 3 attributaires pour les lots 1 et 3, et à 4 pour le lot 2. ). Par exemple, toujours d’après les Echos (Article du 26/12) : pour le lot 1 « Stratégie et politiques publiques », la première étude de cas sur la « réalisation d’une étude stratégique » porte sur la prise en charge de la dépendance dans un contexte de contrainte budgétaire accrue. La deuxième, sur une « évaluation des études publiques », concerne l’organisation et le fonctionnement des ordres professionnels de santé sur lesquels s’interroge la puissance publique.. Pour le lot 2, parmi les cas soumis, celui de la redéfinition du rôle du ministère de la Culture en matière de tutelle, avec une refonte du dispositif de pilotage des plus de 60 opérateurs concernés., ou une démarche complète de transformation de l’organisation territoriale de la politique de l’emploi.

Trois risques majeurs Trois risques, tirés de vingt années d’expérience de ces tentatives de réforme :

1° les démarches téléguidées par l’administration centrale pêchent souvent par une réelle méconnaissance des contextes locaux : il faudra savoir écouter et observer avant de décider des transformations

2° Les agents de l’Etat n’en sont pas à leur première démarche : la répétition de démarches à l’occasion desquelles on leur a promis maintes fois que ce seraient les dernières, dans lesquels ils se sont investis, et ont souvent vu leurs attentes insatisfaites, les rend de plus en plus réticents à participer à ces processus : il va falloir savoir convaincre et vendre la démarche

3° Les services locaux risquent d’être, une nouvelle fois, tentés de faire remonter à Paris des échos systématiquent positifs sur la façon dont les processus sont vécus localement, même si cela ne correspond pas à la réalité : le pilotage central risque d’être victime du syndrome du groupthink, forme d’intoxication collective, de consensus forcé légitimant les choix même s’ils sont aberrants. Il faudra rester lucide

Bonne chance donc à la n+ 1 ième Réforme de l’Etat. Wait ans See !!

Voir en ligne : Article des Echos du 27/12/2017