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Immigration : quel enjeu pour l’économie française ?

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samedi 30 avril 2011, par Jean-Claude Cohen

Avec un flux net de 100.000 personnes par an, la France est l’un des pays européens qui accueillent le moins d’étrangers. A l’heure où le ministre de l’Intérieur plaide pour une réduction de l’immigration légale, l’analyse des chiffres bouscule quelques idées reçues.


La France est l’un des plus vieux pays d’immigration en Europe.

Au début du XXe siècle, notre pays comptait déjà près de 1 million d’immigrés, contre 5 millions actuellement.

On a peine à imaginer, aujourd’hui, que certaines entreprises, dans les années 1960, allaient jusqu’à débaucher les ouvriers immigrés dans leur propre pays, Maroc et Algérie en tête.

Depuis quelques semaines, c’est un tout autre discours que distille le ministre de l’Intérieur et de l’Immigration, Claude Guéant, en plaidant pour une diminution des flux d’immigration légale.

Un virage à 180° par rapport au credo de " l’immigration choisie ", qui visait au contraire à favoriser l’arrivée de travailleurs étrangers dans des secteurs en pénurie de main-d oeuvre.

La France doit-elle effectivement limiter l’accueil des étrangers sur son territoire ?

La Norvège, l’Italie ou l’Espagne ont une proportion d’immigrés plus de deux fois supérieure à la nôtre.

" Que l’on raisonne en stock ou en flux, la France compte parmi les pays européens où l’immigration est la plus faible ", explique Georges Lemaître, économiste spécialiste des migrations à l’OCDE.

En outre, " la structure de l’immigration est restée très stable dans le temps, la France accueillant depuis plus de vingt ans majoritairement des populations d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne ", complète Lionel Ragot, économiste au centre de recherche Cepii.

Peu d’immigrés en proportion de sa population et des provenances qui n’ont pas changé depuis vingt ans, comment expliquer, alors, que " les Français ne se sentent plus chez eux ?

Seule la forte concentration des immigrés peut expliquer ce sentiment de " trop-plein " dans certaines zones géographiques, cumulant souvent plusieurs handicaps : " Un immigré sur cinq vit en zone urbaine sensible, où le taux de pauvreté est près de trois fois plus élevé que sur l’ensemble du territoire ", analyse Patrick Gaubert, président du Haut Conseil à l’intégration.

En somme, les immigrés étant proportionnellement peu représentés parmi les plus de 60 ans, qui sont les premiers bénéficiaires de la protection sociale (maladie et retraite essentiellement), leur poids dans les comptes sociaux reste faible, et ce malgré un taux de chômage élevé.

Cet apport pourrait même être plus fructueux encore si la France parvenait à attirer des populations étrangères plus qualifiées, donc moins sensibles au chômage et avec des salaires plus élevés.

(d’après Les Echos ; Dessin de DILEM)