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Quel avenir pour la RGPP ?

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lundi 25 avril 2011, par Jean-Claude Cohen


Début Avril 2011, l’un des rédacteurs des propositions du Parti Socialiste, Christian Paul, déclarait : "nous tournons le dos à la Révision générale des politiques publiques (RGPP) car la méthode du gouvernement est pour nous un contre-modèle. C’est l’aboutissement des aspects les plus contestables du new management public. L’approche est très peu stratégique et essentiellement comptable. La RGPP, nous la vivons tous au quotidien : un affaiblissement de l’action publique, une perte substantielle d’ingénierie publique et une rupture du pacte républicain entre l’État et les collectivités locales".

Et d’annoncer "un check up intégral" de l’organisation des services déconcentrés de l’État dans les régions et les départements : "Nous avons identifié plusieurs problèmes. D’abord, l’éloignement des centres de décisions. On est passé parfois du niveau départemental au niveau interrégional. La question de l’ingénierie publique doit aussi être posée.".

Remise en question, alors ? Pas forcément : "il ne s’agit pas forcément de revenir à la situation antérieure stricto sensu, mais de faire preuve d’innovation. "

Ces positions du PS font écho à une enquête conduite auprès d’un échantillon de responsables de deux ministères, et portant sur leur appréciation de la RGPP. Dans cette enquête, conduite en 2009-2010, les directeurs de Ministères interrogés ont fait les réponses suivantes aux questions :

Que pensez-vous de la conduite des RGPP ?

80 % : trop centralisée au niveau interministériel 20 % : on n’aurait pas pu faire autrement

La conduite des RGPP aurait-elle dû ou pu être différente sur le contenu des décisions ?

100 % : oui plus participative en ce qui concerne les directeurs de ministères sur le contenu des décisions. En réalité tous admettent que si la décision avait été soumise à un débat plus large les intérêts corporatifs l’auraient emporté.

Sur les méthodes de mise en oeuvre ?

100 % : oui en ce qui concerne les modalités de mise en œuvre Cette réponse doit être nuancée dans la mesure où dans certains ministères des groupes de travail élargis ont été mis en place, tandis que d’autres n’ont connu aucun processus de discussion

"Les critiques formulées sont essentiellement les suivantes : une réorganisation qui se ferait préalablement à toute tentative de partage du sens de la démarche et la conscience des missions nouvelles avec les agents ; une démarche non seulement venue « d’en haut », mais sans marge de débat et d’écoute des personnels et des cadres ; une vision macro des problèmes qui n’entrent pas dans les processus de travail concrets ; l’absence de prise en compte des valeurs des agents ; l’absence de clarté du message adressé aux fonctionnaires sur leur valeur."

Pour autant, "il n’est nulle question de mettre en cause l’ampleur du travail entrepris en trois ans (150 mesures selon Bercy) : simplification de la carte des services territoriaux et des structures en administration centrale, rationalisation des processus (facturier ou d’achat), simplifications administratives... La question ici est celle de la méthode."

L’un des responsables interviewés s’exprimait comme suit au sujet de la méthode :

"S’il n’est pas toujours possible d’associer les cadres et les agents à la conception de la réforme, il est capital de leur donner de la visibilité le plus tôt possible, et de les associer à la mise en oeuvre le plus largement possible. C’est une phase qui peut durer un certain temps, le temps de l’appropriation. C’est la phase de dialogue interne, de déminage des rumeurs, de transparence de l’information donnée. Donner du sens c’est concrètement : mettre en place un dialogue interne intense (groupes de travail sur ce qui va changer, dialogue social, information stratégique) ; expérimenter ou préfigurer et en tirer les conclusions ; créer les conditions de la confiance."

En tout état de cause, l’affichage, d’une part des perceptions d’un échantillon de décideurs publics, et d’autre part de la position d’un parti de gouvernement susceptible de se retrouver aux commandes en 2012 risquent fort de porter un coup sérieux à la motivation de ceux qui croyaient encore à la RGPP.



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