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Changement climatique et développement des territoires de montagne

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mardi 1er février 2011, par jean claude cohen


Les territoires de montagne, eu égard à leurs caractéristiques et à leurs fragilités, sont des laboratoires pertinents de lecture du changement climatique et de ses conséquences.

Les connaissances relatives au changement climatique s’affinent continument et la réalité d’évolutions climatiques s’impose avec de plus en plus d’évidence.

Les modélisations prospectives de l’évolution du climat, mises en oeuvre dans le GIEC, reposent sur des échelles « régionales » au sens planétaire, c’est-à-dire d’une résolution de l’ordre de quelques centaines de kilomètres carrés.

Ces modélisations sont donc incapables à l’heure actuelle de rendre compte des variabilités connues à l’échelle de massifs montagneux comme les Alpes, en conséquence de phénomènes locaux liés à la topographie, à des effets de vallées, à des expositions contrastées, aux altitudes diverses.

La deuxième partie reviendra donc sur les stratégies d’adaptation.

Cependant, ce constat nous paraît à prolonger par une lecture des territoires montagnards en termes de vulnérabilité, tant leurs évolutions socioéconomiques croisent les dynamiques des risques naturels ; nous explorerons cette perspective dans une dernière partie.

Même pour les phénomènes d’origine glaciaire a priori parmi les mieux déterminés par la température, cette dernière n’est pas seule en jeu.

L’accumulation hivernale, le rayonnement, entre autres, interviennent dans les bilans de masse et la dynamique des glaciers.

Les systèmes glaciaires dont la zone d’accumulation se situe en altitude seront moins affectés, a fortiori si l’hypothèse d’une augmentation des précipitations hivernales se confirme, puisqu’en altitude, au-dessus de 2 500 m’environ, les précipitations hivernales continueront à se produire sous forme de neige (Durand et al., 2009).

Certains de ces phénomènes résultent de l’écoulement plus ou moins brutal d’eau sous forme liquide, momentanément stockée au niveau de l’appareil glaciaire : rupture ou vidange brutales de lacs glaciaires, vidange de poches d’eau intraglaciaires.

La rareté de ces évènements interdit évidemment toute généralisation mais on peut néanmoins craindre une certaine multiplication de ces manifestations d’origine glaciaire sous l’effet d’une augmentation des températures moyennes.

Les facteurs anthropiques, occupation du sol notamment, ne sont pas les moindres des facteurs qui influencent la réponse d’un cours d’eau à un « forçage » climatique.

Le volume des laves torrentielles est bien plus déterminé par les volumes de sédiments mobilisés en masse dans les bassins versants à l’occasion de précipitations abondantes et intenses.

Il y a une grande diversité de mouvements de versants, glissements de terrain de différentes formes, chutes de pierres, de blocs, écroulements en masse, etc...

Cette caractéristique limite significativement la constitution de bases de données exploitables pour détecter des évolutions de ces phénomènes très diversifiés.

Ce contexte place indiscutablement les acteurs de la prévention des risques naturels en montagne face à une obligation de prise de décision et d’action en situation d’incertitude.

Mais une politique d’adaptation à l’échelle d’un territoire ne saurait se limiter à la seule problématique de la prévention des risques naturels.

En la matière, la montagne française, et particulièrement le massif alpin, a été très largement développée grâce au tourisme, notamment celui porté par les stations de sports d’hiver.

Selon les données ODIT (2009), le nombre de stations équipées en neige de culture est passé de 10 à 204 sur la période (1980-2009).

Ils constituent également des exemples pour le suivi et l’évaluation des stratégies et des pratiques des acteurss privés comme publics, au quotidien.

L’enjeu pour le devenir de ces territoires de montagne peut passer par plusieurs conclusions en forme de recommandations.

39La première porte sur la nécessité de poursuivre l’acquisition de connaissances solides sur le changement climatique et son ampleur.

Ceci repose à la fois sur la mise en place de dispositifs opérationnels, tels que le déploiement de réseaux d’observation des variables hydro-météorologiques en montagne mais également sur la mutualisation des compétences techniques et scientifiques, allant de pair avec une mutualisation financière pour élaborer et gérer ces systèmes d’observation partagés et pérennes.

La seconde décline la notion de suivi du changement climatique à une échelle territoriale infra, avec la pertinence d’approches territorialisées d’expérimentations.

La focalisation sur un territoire circonscrit permettrait d’identifier et de qualifier les effets du changement climatique, en appréhendant d’une part, les interrelations entre secteurs d’activités économiques présents sur le territoire et d’autre part, les interactions entre économie et phénomènes naturels.

Une telle démarche, certes lourde sur le plan méthodologique, contribuerait à nourrir les stratégies d’adaptation des acteurs, en appréciant territorialement les impacts et non en se contentant de lire les impacts thème par thème, secteur par secteur, en délaissant l’intégration des modes d’aménagement du dit territoire et in fine, de ses vulnérabilités territoriales.

Enfin, en termes d’action publique, ces expérimentations contribueraient à rapprocher les univers des sciences de l’ingénieur et des sciences sociales et humaines, à impliquer dans la décision et les mesures d’adaptation, les systèmes d’acteurs.

Plus largement, le changement climatique impose de questionner la prise de décisions, les acteurs, les indicateurs, les outils et dispositifs mobilisés.

A titre d’exemple, si aujourd’hui, le changement climatique n’a a priori pas d’effets sur les modalités de mise en oeuvre des PIDA (Plan d’Intervention pour le Déclenchement des Avalanches) sur les domaines skiables, on peut toutefois penser à l’élaboration d’indicateurs rendant compte de l’évolution de l’action publique vis-à-vis du changement climatique dans ce registre.

L’enjeu serait de voir comment les acteurs infléchissent, modifient, adaptent ce dispositif, en fonction de leur perception du changement climatique.

Dans le même esprit, l’adaptation suppose aussi que soient privilégiées des décisions elles-mêmes adaptables, éventuellement « réversibles », quelquefois qualifiées également de « sans regret ».

Il sera nécessaire pour cela de travailler à améliorer leur traçabilité.