Le coronavirus, révélateur de notre vulnérabilité en matière stratégique

Ce n’est pas la première, et ce ne sera malheureusement pas la dernière : l’épidémie -la pandémie ?- du coronavirus semble prendre nos décideurs de court. Sa progression, que l’on observe à la loupe, nous prend de vitesse.

La globalisation de l’économie, la circulation des personnes et des biens au delà des frontières et des continents, sur mer ou dans les airs, est un des piliers de l’économie mondiale. Elle est aussi le principal vecteur de diffusion de l’épidémie. Les aéroports, où chaque jour se croisent des voyageurs qui arrivent et repartent vers tous les coins du monde, sont le lieu rêvé pour diffuser largement et rapidement le virus, plus encore que les gares et les stations de métro.

Les décisions que l’on prend un jour pour contenir sa progression sont dépassées le lendemain : ainsi, orienter les personnes potentiellement porteuses vers les hôpitaux a contribué à désorganiser certains services hospitaliers, des soignants ayant du être mis en quarantaine. Les orienter vers la médecine de ville n’eût guère été mieux, car ce sont tous les patients croisés en salle d’attente, les passagers dans les transports en commun ou les piétons dans la rue, qui auraient été contaminés, sans compter les médecins libéraux eux-mêmes.

Décider de confiner les populations touchées, comme le font les chinois, et arrêter le trafic aérien, ne bloque pas la dispersion du virus : il est déjà hors de Chine depuis longtemps. Et les mesures de confinement désorganisent l’économie, chinoise d’abord, mondiale ensuite. Le CAC 40 et le Dow Jones jouent au yoyo, l’annonce de nouveaux cas ici ou là faisant chuter les cours de bourse, et l’annonce de progrès dans la mise au point d’un traitement les faisant remonter, au moins ceux des industries pharmaceutiques.

N’aurait-on pas pu anticiper ? Pas réellement : les responsables des politiques de santé publique savent qu’à tout instant peut survenir un nouveau virus, et on ne peut rien décider ni faire tant qu’on ne l’a pas identifié, catalogué, si ce n’est préconiser des mesures d’hygiène de base : se laver les mains, ne pas se serrer la main, ne pas s’embrasser, se tenir à bonne distance... C’est bien peu, mais quoi faire d’autre ?

Etre ministre de la Santé est un métier difficile.... Un mot de trop ou de travers peut créer la panique dans la population. Ne rien dire peut vous faire reprocher de ne rien savoir ou de cacher la vérité à la population.... Et que dire du dilemme de la ministre de la santé qui a eu à combattre le H1N1, Roselyne Bachelot, à qui certains onr reproché d’avoir commandé en masse des doses de vaccin contre le virus H1N1, doses qui sont restées inutilisées. Mais que ne lui aurait-on pas reproché, si elle ne l’avait pas fait et que le H1N1 avait tué des dizaines de milliers de personnes en France...

En gros, vaut-il mieux dépenser de l’argent public à acheter des vaccins qui ne serviront pas, ou prendre le risque que plusieurs milliers (ou plus) de gens décèdent faute de vaccins ????

Le ministre de la Santé, comme d’autres décideurs, doit faire face à des décisions dans l’incertitude : selon l’évolution de l’épidémie, sa stratégie sera salvatrice ou désastreuse.

Comme d’autres, il (ou elle) doit accepter une prise de risque quand il (ou elle) prend une décision.

Le problème pour ce ministre là, c’est que les enjeux se chiffrent en milliers de vies humaines. Au contraire des autres, la moindre erreur ne lui serait jamais pardonnée...


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